SMAvie Infos > Marchés financiers > Faut‑il craindre un retour de l’inflation dans la zone euro ?
Inflation

Marchés financiers

20 mai 2021

Faut‑il craindre un retour de l’inflation dans la zone euro ?

 

Depuis le début de l’année 2021, la ques­tion du retour de l’inflation a resur­gi, consé­quence de l’annonce du plan de relance amé­ri­cain et du rebond des prix des matières pre­mières, en par­ti­cu­lier du pétrole. Paral­lè­le­ment, les taux d’inflation se sont redres­sés aux Etats‑Unis et en Europe après leur point bas enre­gis­tré en 2020 (liés à la crise sani­taire). Dans la zone euro, le taux d’inflation a signi­fi­ca­ti­ve­ment aug­men­té sur les trois pre­miers mois de l’année, attei­gnant 1,3 % en mars après – 0,3 % en décembre 2020. Cette hausse, prin­ci­pa­le­ment impu­table à des effets de base, doit être nuan­cée et consti­tue plus une nor­ma­li­sa­tion, après la forte baisse enre­gis­trée en 2020, qu’une réelle pous­sée infla­tion­niste. Plu­sieurs fac­teurs par­ti­cu­liers expliquent ce rebond : la remon­tée de la TVA alle­mande, l’introduction d’une nou­velle taxe car­bone en Alle­magne, la hausse du prix du pétrole et la modi­fi­ca­tion des pon­dé­ra­tions du panier de biens et ser­vices pour prendre en compte les chan­ge­ments de consom­ma­tion de 2020. Le taux d’inflation de la zone euro devrait conti­nuer à pro­gres­ser dans les mois qui viennent et pour­rait dépas­ser 2 % en fin d’année avec la per­sis­tance d’effets de base.

Tou­te­fois, mal­gré des prix des matières pre­mières en hausse, le taux d’inflation de la zone euro devrait se tas­ser en 2022 avec la dis­pa­ri­tion des effets de base haus­siers et une situa­tion macroé­co­no­mique tou­jours affai­blie. Il ne faut donc pas s’attendre au retour d’une infla­tion éle­vée auto‑entretenue dans la zone euro à court terme. Aux Etats‑Unis, en revanche, étant don­née l’ampleur de la sti­mu­la­tion bud­gé­taire, le scé­na­rio du retour d’une infla­tion plus éle­vée est loin d’être exclu.

 

Si le risque infla­tion­niste semble mesu­ré à court terme, le déve­lop­pe­ment pro­gres­sif de plu­sieurs ten­dances struc­tu­rantes pour­rait conduire à un régime d’inflation plus éle­vé à moyen terme que celui qui a pré­va­lu au cours de la der­nière décennie.

1/ La pour­suite de la conduite de poli­tiques bud­gé­taires très expan­sion­nistes finan­cées par créa­tion moné­taire, outre son effet sur les prix des actifs, pour­rait conduire à une situa­tion de « sur­chauffe » éco­no­mique à l’origine de ten­sions sur les salaires et les prix. Ce fac­teur semble plu­tôt se déve­lop­per aux Etats‑Unis, beau­coup moins en Europe.

2/ L’impact du vieillis­se­ment démo­gra­phique sur l’inflation n’est pas tri­vial. L’affaiblissement des gains de pro­duc­ti­vi­té, et en corol­laire des salaires et des prix, est sou­vent mis en avant. Cepen­dant, le vieillis­se­ment démo­gra­phique mon­dial (Chine) va entraî­ner une réduc­tion de la main d’œuvre dis­po­nible et poten­tiel­le­ment conduire à une hausse des salaires qui pour­rait mettre fin à la période de forte dés­in­fla­tion mon­diale favo­ri­sée par l’entrée de la Chine dans l’OMC.

3/ De plus, le tas­se­ment de la mon­dia­li­sa­tion pour­rait conti­nuer, avec la volon­té des trois grandes zones éco­no­miques de ren­for­cer leur auto­no­mie stra­té­gique dans plu­sieurs sec­teurs mais aus­si de lut­ter contre le chan­ge­ment cli­ma­tique. Cela devrait conduire à une re‑régionalisation des chaînes de valeur impli­quant une hausse des coûts de production.

4/ La tran­si­tion éco­lo­gique et éner­gé­tique va néces­si­ter une forte hausse du prix du car­bone si les pays veulent se confor­mer à leurs objec­tifs de réduc­tion de CO2 impli­quant une hausse des coûts au moins dans la pre­mière phase.

5/ Le par­tage de la valeur ajou­tée qui a été très favo­rable aux entre­prises pour­rait se défor­mer en faveur des sala­riés avec la volon­té des gou­ver­ne­ments de réduire les inégalités.

6/ Face à la mon­tée de la Chine et la domi­nance des Etats‑Unis dans les sec­teurs tech­no­lo­giques, la doc­trine euro­péenne de favo­ri­ser au maxi­mum les poli­tiques de concur­rence pour­rait évo­luer rédui­sant leur effet désinflationniste.

7/ Face à une Europe affai­blie, l’Allemagne pour­rait adop­ter une poli­tique moins tour­née vers la com­pres­sion des coûts que par le passé.

Trajectoires inflation

 

 

Pour aller plus loin …

Consul­ter les autres articles “Mar­chés financiers”

 


smavie sma

 

Docu­ment publi­ci­taire sans valeur contractuelle

 Les infor­ma­tions pré­sen­tées se fondent sur la régle­men­ta­tion en vigueur au 20/05/2021. Elles ne consti­tuent pas un conseil ou un avis fis­cal ou juridique.